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De Paris à Alger, la République c’est la plaie

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FRANCK ABED ALGERIE

FRANCK ABED ALGERIE

 

 

Plusieurs l’ont déjà constaté avant nous : « la République gouverne mal, mais elle se défend bien ». De Paris à Alger, les hommes changent mais les pratiques politiciennes indécentes demeurent. Que les choses soient claires : loin de moi la volonté de vouloir comparer Macron à Bouteflika dans leurs idées et parcours respectifs, mais force est de constater que pour gagner du temps et maintenir l’illusion du pouvoir, ils usent des mêmes procédés.

Le premier a lancé l’idée d’un « Grand débat » dit ou prétendu « national » auquel personne ne participe vraiment, sauf une minorité de naïfs et d’individus triés sur le volet. C’est toujours pratique de débattre avec des personnes partageant vos idées… Le mouvement des Gilets Jaunes, bien qu’incapable de modifier le rapport de force politique, s’établit tout de même comme un petit caillou dans la chaussure d’Emmanuel Macron. L’ancien Ministre de l’Economie de François Hollande a usé des ficelles habituelles pour étouffer cette colère française et remporter la partie : détournement de l’attention par l’organisation de réunions et de tables rondes, omniprésence dans les médias du Président et de ses séides : tout à la fois calmer les Gilets Jaunes et ceux que son action mécontente, jouer la montre pour favoriser le pourrissement, susciter des divisions et des rancunes à l’approche des Européennes… Mission parfaitement réussie car tout cet activisme laisse les Français dans une torpeur surprenante, à tel point que l’exécutif  a de grandes difficultés à trouver des participants pour travailler à la conclusion de cette mascarade démocratique. Pardon pour l’oxymore !

Le second dirige un régime qui se trouve en phase terminale. Nonobstant cet état de fait, Bouteflika a tenté une manœuvre désespérée pour prolonger son agonie. Voulant conquérir un cinquième mandat, il s’est heurté à la résistance du peuple algérien. Ce dernier a enfin décidé de refuser cette énième combine politicarde. Celui qui passe son temps à critiquer « le pays colonisateur », tout en venant s’y faire soigner – incohérence quand tu nous tiens -, a voulu rejouer la comédie d’un homme à la rencontre de ses concitoyens. C’était sans compter sur un vrai réveil de la rue qui n’entend plus accorder un blanc-seing à cette énième farce. Devant la contestation populaire, l’effritement de l’armée qui, contrairement à un passé récent, ne présente plus un front uni pour défendre le régime, et les débuts de fraternisation entre certaines unités de police et des manifestants, le clan Bouteflika a décidé de ne pas porter candidat leur chef de file malade, dont les apparitions médiatiques se font rarissimes. Peuple algérien ne soit pas naïf ! En réalité, cette manœuvre constitue une prolongation de son quatrième mandat. Effectivement, Bouteflika ne brigue plus la magistrature suprême, mais à ce jour il n’abandonne pas le pouvoir pour autant. Plus exactement, la coterie qui l’entoure met tout en œuvre pour protéger ses intérêts au détriment du bien commun algérien. Elle reste donc aux manettes et maître du jeu. Pour combien de temps ? Nous le saurons bien assez tôt.

Dans les prochains jours, le pouvoir en place pourrait prendre toutes les mesures possibles et imaginables pour travailler au pourrissement de la situation et détourner l’attention des Algériens en colère. Des manipulations ne sont pas à exclure, comme des agents provocateurs qui recevront la mission de décrédibiliser le mouvement et de le diviser de l’intérieur. Ces techniques sont connues, mais malheureusement, bien travaillées, elles peuvent atteindre leurs objectifs.

Cependant, le peuple Algérien en a vu d’autres, notamment au cours de la décennie de la terreur. Contrairement au récent mouvement social dans notre pays, les manifestants Algériens ne semblent plus avoir peur, car ils ont beaucoup moins à perdre que les révoltés Français. Le pouvoir pourrait toutefois être tenté de mener la politique du pire, quitte à ce que cela se termine par un bain de sang. Si le clan Bouteflika ne se décide pas à emprunter ce chemin périlleux, des militaires fidèles au régime agiront-ils en ce sens pour apparaître aux yeux de l’opinion publique et internationale comme les garants de la stabilité ? Quoiqu’il en soit, les cartes peuvent être prochainement redistribuées, tant la trinitéalgérienne – comprendre le gouvernement, l’armée, le parti (FLN) – semble divisée. Espérons que cela ne tourne pas au chaos, car nous avons vu le résultat désastreux qui a suivi la chute du régime de Kadhafi. Le régime libyen assurait un rôle de tampon avec l’Europe, et une fois détruit par une coalition illégitime, sa chute a permis l’accroissement de la déferlante migratoire à destination du vieux continent. Nul doute qu’un chaos politique en Algérie produirait les mêmes effets dévastateurs…

Il revient aux Algériens de définir le gouvernement qu’ils souhaitent. Cependant, nous ne pouvons pas nous empêcher de considérer que ce pays subit les choix désastreux de ces dirigeants. En effet, plus de 90% des exportations algériennes concernent le pétrole et le gaz. Comment un pays aussi riche, avec toute une jeunesse désireuse de se tourner vers l’avenir, peut-il se satisfaire d’importer de la semoule du Maroc, des dattes de Tunisie et même des djellabas de Chine ? Si un jour le gaz et le pétrole venaient à manquer que se passerait-il ? L’Algérie rencontrerait de grandes difficultés et nul ne doute qu’elle appellerait la France - modèle et obstacle tout à la fois détesté et admiré – à l’aide.

Il est également intéressant de noter que les Algériens vivants en France montrent bruyamment leur patriotisme à Paris et ailleurs. Par souci de cohérence et d’honnêteté intellectuelle, il serait temps que ces patriotes fiers de leur pays et de leurs racines - sentiment légitime que personne ne leur reproche - rentrent en Algérie pour participer à sa reconstruction en y apportant leurs compétences, leur savoir-faire et leur génie. L’Algérie a besoin de tous ses enfants pour renaître. Cependant les vautours rôdent déjà et s’imaginent remplacer Bouteflika lors de la prochaine élection présidentielle. Depuis l’Antiquité grecque et ses merveilleuses tragédies, nous savons que la compétition électorale pour la première place entraîne forcément démagogie, corruption, mensonge et manipulation. Les Algériens ne sont pas au bout de leurs peine. De Paris à Alger, la république, c’est vraiment la plaie…

Franck ABED

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